UNIVERSITE

Boum universitaire en Algérie

 

 

 

 

Dans un chapitre de la «Muqaddima» consacré aux «sciences rationnelles et ses catégories» (1), l'historien Ibn Khaldoun constate qu'à son époque «le Maghreb et l'Andalousie ont vu le vent emporter leur civilisation urbaine et leurs sciences régresser avec elle», alors que «dans le pays des Francs, depuis les territoires de Rome et au-delà sur la rive nord, des manuscrits sont recopiés, de multiples cours sont programmés, des traités très complets sont disponibles en profusion, et nombreux sont les étudiants qui s'adonnent à ces sciences».

A la fin du 14-ème siècle, époque où Ibn Khaldoun écrit sa «Muqqadima», on estime que chaque année entre 5.500 et 6.500 étudiants faisaient des études dans les universités françaises (2). Ce nombre est considérable, surtout quand on sait que plus de cinq siècles plus tard, en 1920, on compte uniquement 47 étudiants musulmans dans l'unique université d'Algérie (3), parmi lesquels aucune n'est une femme. La même année l'enseignement supérieur français comptait 49.727 étudiants, dont 7.297 étudiantes (4).

 

A la fin de l'époque coloniale, durant l'année universitaire 1960/1961, il n'y avait encore que 1.317 étudiants musulmans en Algérie, dont seulement 172 étudiantes, contre 203.375 étudiants pour la France. L'année 1961/1962 compte 1.372 étudiants musulmans en Algérie.

A peine dix ans plus tard en 1970, 19.531 étudiants, dont 4.166 étudiantes, poursuivent leurs études en Algérie (5). Cinq ans plus tard le nombre double pour passer à 41.847 étudiants en 1975.

Ainsi entre 1962 et 1975, l'Algérie passe d'un nombre d'étudiants quatre fois inférieur à celui de la France en l'an 1400, à un nombre équivalent à celui de la France en 1910 (41.190 étudiants). Cinq siècles rattrapés en quinze ans, avec en prime une proportion beaucoup plus importante d'étudiantes dans l'Algérie de 1975 (1 pour 3) comparée à celle de la France de 1910 (1 pour 9). Entre 1975 et 1986, le nombre d'étudiants quintuple en Algérie en passant à 201.982.

En 1995, l'Algérie compte 347.410 étudiants, mais pas encore d'Ibn Khaldoun pour les voir...

 

(1) Ibn Khaldoun. al-Muqadima (VI,13). XIVe siècle.

(2) Christophe Charle et Jacques Verger. Histoire des universités. PUF, Paris, 1994.

(3) Guy Pervillé. Les étudiants algériens de l'université française 1880-1962 Editions du CNRS, Paris, 1984. Casbah Editions, Alger, 1997.

(4) Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron. Les héritiers. les étudiants et leur culture. Les éditions de Minuit, Paris, 1964.

(5) Base de données de l'UNESCO. Institut de Statistique de UNESCO.

 

 


Kenz el-Bled n°0, novembre 2002.