RACISME SCIENTIFIQUE

Les Algériens en voie de disparition

 

 

 

 

«comparés aux Européens, Arabes et Berbères sont certainement de races inférieures et surtout de races dégénérées»

La guerre d'occupation coloniale française a fait au minimum 800.000 morts Algériens pendant les premières décennies de la colonisation (1). En 1866, l'Algérie compte 2,65 millions d'Algériens selon un recensement officiel français. Si on rapporte ce nombre de victimes à la population algérienne d'aujourd'hui ces pertes équivalent à 8 millions de morts.

A ces victimes directes de la guerre, il faut ajouter les victimes des famines qui accompagnent l'invasion coloniale ainsi que les nombreuses épidémies (choléra, typhus etc.) qui sont importées par les soldats de l'occupation. La famine de 1868 fait 300.000 à 500.000 victimes (2). L'ensemble des décès dus à ces multiples conséquences de l'occupation française totalise 800.000 morts en 1867 et 1868 (3). C'est inimaginable aujourd'hui: encore 8 millions de morts de plus, rien qu'en deux ans...

La cause de ces pertes humaines est, selon les experts français de l'époque, due aux... indigènes, qui sont «incapables de supporter le choc de la civilisation supérieure de la France» (4). L'ampleur du phénomène est telle que dans une étude démographique de plus de trois cent pages sur l'Algérie, le Docteur René Ricoux prévoit tout simplement la disparition des «indigènes» Algériens. Le docteur René Ricoux, qui était né en Algérie, connaissait bien la situation sanitaire du pays, il était démographe (5) et médecin à l'hôpital de Constantine.

Voici son analyse sur la question (6): « On ne peut le nier, comparés aux Européens, Arabes et Berbères sont certainement de races inférieures et surtout de races dégénérées. Quelle différence entre nos Arabes et leurs ancêtres qui ont conquis l'Espagne, couvert ce pays de monuments, témoignages d'une civilisation avancée dont l'empreinte est restée si profonde. Où sont les sciences arabes, où sont leurs savants? Et, dans un siècle ou deux, que seront-ils? Combien seront-ils? Car c'est indiscutable, le peuple arabe tend à disparaître d'une façon régulière et rapide.

«A notre arrivée, en 1830, la population indigène était évaluée à trois millions d'habitants. Les deux derniers recensements officiels, à peu près réguliers, donnent en 1866: 2.652.072 habitants, et en 1872: 2.125.051; le déchet en 42 ans a été de 874.949 habitants, soit une moyenne de 20.000 décès par an». Durant la période 1866-72, avec le typhus, la famine, l'insurrection, la diminution a été bien plus effrayante encore: en six ans il y a eu disparition de 527.021 indigènes; c'est une moyenne non de 20.000 décès annuel mais de 87.000! [...] «Dans les huit dernières années: 1872-79, nous avons relevé dans cette localité» (il s'agit de Constantine) «4.667 naissances et 8 202 décès. De ce dernier chiffre, il convient de déduire un certain nombre de décès extérieurs [...] Cette réduction faite, il resterait encore 7 000 décès pour 4 667 naissances, soit 150 décès pour 100 naissances.

«Le peuple arabe meurt, il périra»

«Un déchet aussi considérable (nous pouvons ajouter qu'il se reproduit régulièrement chaque année) suffit à démontrer que les relevés officiels sont dépourvus d'exactitude, et que les indigènes, loin de se relever depuis les calamités de 1867-71, sont menacés d'une disparition inévitable, prochaine. Elle sera le fait non du refoulement ou autres mesures de politique humaine; elle est due tout entière à des causes indépendantes de notre volonté, qu'énumérait dans les termes suivants notre ami et ancien collègue du Conseil général, M. J. Vinet:

'Le peuple arabe meurt, il périra. Il tombe sous le coup d'une loi supérieure à la volonté humaine, loi implacable dans ses effets, puisqu'elle ne souffre aucune exception. C'est la loi qui fait le vide dans l'Amérique du Sud; qui le fait actuellement en Tunisie; en Algérie où cependant des efforts immenses ont été accomplis pour en enrayer les effets; aux Indes, enfin où elle s'exerce sur la plus vaste échelle. Cette loi, qui fait disparaître les peuples arriérés, surgit dès que se créent les relations commerciales avec le monde civilisé; et elle frappe aussi bien s'il y a colonisation, comme en Algérie, que s'il n'y a pas peuplement européen, comme aux Indes et en Tunisie. Ce qui tue le peuple arabe, ce sont ces relations fréquentes qui mettent les populations fatalistes en face de populations à initiatives individuelles et organisées pour les affaires, qui ouvrent aux échanges, des pays dont les indigènes refusent de prendre les habitudes, les procédés et les institutions rendus nécessaires par ces échanges mêmes, qui enfin, en multipliant les rapports, multiplient aussi la fréquence des épidémies, sans que les individus veuillent adopter les règles d'hygiène, de nourriture et de médication enseignées par la science moderne. Le peuple arabe meurt des conséquences de ses relations commerciales avec le monde civilisé. Il meurt de rester immobile dans son fatalisme et ses préjugés, quand tout progresse autour de lui'.

«le peuple français n'a aucun intérêt à compromettre ses qualités natives... en se mêlant avec des races corrompues, au sang vicié»

«Il meurt, pourrait-on ajouter, de ses vices et de ces dépravations.

«Non, certes non, le peuple français n'a aucun intérêt à compromettre ses qualités natives, sa supériorité morale, en se mêlant avec des races corrompues, au sang vicié. «Et si, par une sorte de répulsion instinctive, ce n'était chose heureusement existante, on ne saurait trop énergiquement s'opposer à notre mélange avec les indigènes, dont les qualités les moins discutables sont la malpropreté, la mauvaise foi, l'habitude du vol, en un mot, toutes les dépravations physiques et morales».

Cent vingt ans après le livre du Dr Ricoux, force est de constater que le démographe s'est trompé dans ces prévisions, car c'est indéniable: nous n'avons pas disparu.

 

(1) Kamel Kateb. Européens, «Indigènes» et Juifs en Algérie (1830-1962). Paris, Ined/Puf, 2001.

(2) Augustin Bernard. L'Algérie. Paris, Alcan, 1929. cité par Kamel Kateb: op. cité.

(3) Djilali Sari. Le désastre démographique de 1867-1868 en Algérie. Alger, SNED, 1982.

(4) Bouda Etemad. La Possession du monde Poids et mesures de la colonisation (XVIIIe-XXe siècles). Ed. Complexes, Bruxelles, 2000.

(5) Il a occupé le poste de chef des travaux de la statistique démographique et médicale au bureau de statistique du Gouvernement général de l'Algérie.

(6) René Ricoux. La démographie figurée de l'Algérie. Paris, Masson, 1880. pp 260-262. Version numérique sur le site Gallica de la Bibliothèque Nationale de France.

 

 


Kenz el-Bled n°0, novembre 2002.