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TIERS-MONDIALISATION La désindustrialisation du Tiers-monde
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En 1750, l'industrie manufacturière de l'ensemble des régions qu'on appelle aujourd'hui le Tiers-monde représentait 73 % de la production mondiale. Les pays actuellement développés produisaient les 23 % restants (1). Entre 1750 et 1830 la production du Tiers-monde est toujours en croissance, mais moins rapide que celle de l'ensemble des pays développés, dopée par la révolution industrielle en Angleterre. En 1830 la production des pays développés augmente et atteint les 39 %. Le Tiers-monde domine toujours la production mondiale, mais brutalement, entre 1830 et 1860 un phénomène économique décisif se produit: la production du Tiers-monde chute du quart alors que celle des pays développés double. En 1860 la production industrielle manufacturière du Tiers-monde ne représente plus que 37 % de la production mondiale, et devient, pour la première fois dans l'histoire, plus faible que celle des pays développés.
Le déclin de la production industrielle du Tiers-monde se poursuit de 1860 à 1900. A l'aube du 20ème siècle elle est pratiquement égale à la moitié de ce qu'elle était en 1830. Cette catastrophe économique coïncide avec une croissance sans précédent de la production industrielle des pays développés qui est multipliée par trois au cours des mêmes 70 années. Ayant atteint le fond, la production du Tiers-monde se stabilise dans les cinquante premières années du 20ème siècle, et retrouve puis dépasse, très lentement, son niveau de 1830. Mais comme dans le même temps rien n'a entravé l'industrialisation galopante des pays développés, la production du Tiers-monde ne représente, en 1938, plus que 7 % de la production manufacturière mondiale. ![]() On observe le même phénomène, si on ramène la production globale du Tiers-monde et du monde développé à chaque habitant de ces deux régions (productivité). En 1750, un habitant du Tiers-monde a une production manufacturière comparable à celle d'un ressortissant des pays développés. Celui-ci produit à peine 14 % de plus en moyenne que le premier. La production des habitants du Tiers-monde est même de 75 % supérieure à celle des américains encore sous tutelle de la couronne britannique qui leur interdit de s'industrialiser. Entre 1750 et 1830 la productivité diminue légèrement de 14 % au Tiers-monde, puis chute brutalement de 67 % entre 1830 et 1900. Elle stagne à ce niveau très bas jusqu'en 1913. Pendant ce temps, la productivité des pays développés augmente en flèche, particulièrement celle des Américains indépen-dants depuis 1789. A partir de 1913 le Tiers-monde connaît une médiocre reprise, trop faible pour entraîner un changement significatif dans la vie de sa population. Bilan de cette curieuse évolution croisée dans les deux régions du monde: en 1953 la production globale du Tiers-monde n'est que deux fois supérieure à celle de 1750, alors que sa population a triplé. Les pays développés ont par contre multipliée par 84 leur production manufacturière dans le même intervalle de temps et améliorent largement le standing de leur population qui a quadruplé.
(1) Les estimations proviennent de ces deux ouvrages:
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Kenz el-Bled n°0, novembre 2002. |