VILLES

Les villes moteurs de l'économie

du monde

 

 

 

 

Entre l'an 762 et 800, Bagdad passe de quelques centaines d'âmes à 2 millions d'habitants. C'est alors la plus grande ville du monde.

Il était une fois une petite bourgade «au croisement de trois voies fluviales et de deux routes terrestres» (1). Elle ne comptait en tout et pour tout qu'«un château sassanide, avec un pont de bateaux sur le Tigre, un village et des couvents chrétiens». Ce village s'appelait Bagdad. En l'an 762 (145 de l'hégire) le calife Al-Mansur y débarque et décide de faire une ville sur ce petit pittoresque lieu. Cette cité il la «nommera Madinat As-Salam, la ville de la paix». Pendant quatre années plus de 100.000 ouvriers seront employés en même temps pour la construction de la ville. Trente huit années plus tard, Bagdad est «une agglomération dense, de 10 kilomètres sur 9 kilomètres... Elle est alors devenue la plus grande ville du monde.»

La fondation ou l'extension d'un immense «réseau urbain va donner au nouveau monde de l'islam son armature économique, sociale et culturelle». Les villes reliées entre elles par un commerce florissant constituent selon les mots de l'historien Pierre Lombard les «centres moteurs de la vie économique» d'une civilisation qui, «de Samarkand à Cordou... est une civilisation urbaine remarquablement une, avec une large circulation des hommes, des marchandises et des idées, civilisation syncrétique qui se surimpose sur le vieux fond régional, rural ou nomade».

En l'an 1950, les sept plus grandes villes du monde sont dans l'ordre (2): New York, Londres, Tokyo, Paris, Moscou, Shanghai et le Nord Rhein-Ruhr (3). Ces agglomérations sont les plus grandes villes des plus importantes puissances économiques et politiques du moment: les cinq membres du conseil de sécurité de l'ONU, plus l'Allemagne et le Japon les deux puissances vaincues de la seconde guerre mondiale. Le Caire est, avec ses 2,4 millions d'habitants, la plus grande ville arabe en 1950. Elle n'arrive qu'en 25-ème position dans le classement des grandes villes du monde. Vingt ans plus tard en 1970, c'est Tokyo qui devient la plus grande ville du monde. Avec ses 16,5 millions d'habitants elle dépasse alors New York qui en compte 16,2 millions.

La région urbaine de Séoul compte 19,8 millions d'habitants en 2002

 

En 2000 Tokyo est toujours la plus grande ville du monde avec 26,4 millions d'habitants. New York, qui n'est plus la ville d'immigration qu'elle fut, rétrograde à la 4-ème place des villes du monde en stagnant à 16,7 millions d'habitants. Dans le même temps Paris, qui était «de loin la plus grande ville du monde chrétien d'Occident» avec «200 à 300.000 habitants au XIVe siècle», dégringole de la 4-ème place en 1950 et à la 19-ème place en 2000 avec ses 9,6 millions d'habitants. Paris est ainsi dépassée par Séoul, la capitale de la Corée du Sud, qui en plein boum économique passe d'un petit million d'habitants en 1950 à 9,9 millions en 2000.

L'ensemble de la zone urbaine comprenant Séoul et tout le tissu urbain autour compte pas moins de 19,8 millions d'habitants, constituant 41% de la population de la Corée du sud (4).

C'est que depuis 1950, le paysage mondial urbain a complètement changé, de nouvelles villes de pays autrefois colonisés sont en pleine ascension. Sur les 12 plus grandes villes du monde en l'an 2000, en effet, 9 appartiennent à des pays du Tiers-monde: le Mexique, le Brésil, l'Inde, la Chine, le Bangladesh, l'Argentine, et l'Indonésie. Le Caire est toujours la plus grande ville arabe en l'an 2000. Mais avec ses 9,5 millions d'habitants elle n'est que la 20-ème plus grande ville du monde. Bagdad qui ne comptait plus que 579.000 habitants en 1950 connaît une croissance plus forte et compte 4,8 millions d'habitants en 2000. Riyadh est la ville arabe connaissant la croissance la plus impressionnante de ces cinquante dernières années. Elle passe de 111.000 habitants en 1950 à 4,5 millions en 2000.

Alger connaît une croissance relativement faible par rapport aux villes dynamiques du Tiers-monde. Certes la population d'Alger passe de 469.000 habitants en 1950 à 1 million en 1965. Mais en l'an 2000, al-Bahdja ne compte encore que 2,7 millions d'habitants (5), ce qui n'en fait que la 101-ème ville mondiale d'après les statistiques de l'ONU. L'ensemble de la région urbaine d'Alger ne compte elle que 3,8 millions d'habitant en 2002 (6).

Entre 762 et 800, Bagdad, petit village d'Irak devient la plus grande ville du monde, la ville des 1001 nuits. Dans le même intervalle de temps, mais douze siècles plus tard, Alger, 101-ème ville du monde, se plaint de «surpeuplement». Surpeuplement ou mauvaise gestion?

 

(1) Les citations qui suivent proviennent de: Maurice Lombard. L'islam dans sa première grandeur (VIII-XIe siècles) Paris, Flammarion, 1971.

(2) World Urbanization Prospects: The 2001 Revision. United Nation Population Division. Nations Unis, 20 mars 2002.

(3) Agglomération urbaine Allemande

(4) Voir le site Internet très complet maintenu par des géographes allemands: The World Gazetteer.

(5) Il s'agit ici du nombre d'habitants dans l'agglomération d'Alger et pas le nombre d'habitants des 58 communes de l'ensemble de la Wilaya d'Alger. C'est ce dernier nombre qui est généralement publié dans les statistiques de l'ONS, ce qui le fait souvent confondre dans l'opinion publique avec celui de la ville.

(6) La région urbaine d'Alger comprend Alger, Blida, Tipaza et Boumerdès. Détails des chiffres dans The World Gazetteer.

 

 


Kenz el-Bled n°0, novembre 2002.